Une bonne épouse indienne
A la base de la vie de famille en Inde, il y a les mariages arrangés. C’est une tradition immuable maintenue encore aujourd’hui par les mères, tantes et grands-mères à l’insu ou presque des principaux intéressés.
Neel a beau avoir étudié aux Etats-Unis et être devenu un brillant anesthésiste dans le plus grand hôpital de San Francisco, il n’y échappera pas — malgré son passeport américain et sa maîtresse californienne. Au cours d’un bref voyage en Inde, le piège se referme sur lui et le voilà marié à Leila qu’il n’a vue qu’une fois.
Certes, elle est belle, douce, cultivée, intelligente — bien plus qu’il ne l’imagine — mais il n’en veut pas. Obligé de la ramener avec lui à San Francisco, il va lui mener la vie dure, avec comme seule idée de s’en débarrasser.
Mais, et c’est là tout le charme et la puissance de cet excellent roman, Leila va attendre son heure. D’abord apeurée, soumise, perdue dans un univers dont elle ignore les codes, elle va se reprendre, deviner, comprendre, refuser d’accepter. Sans bruit, sans drame, sans scènes, elle va peu à peu prouver à son insupportable mari qu’on ne se coupe pas aussi facilement de ses racines. Emotion et humour garantis.
Auteur: Anne Cherian
Editeur: Mercure de France
Prix éditeur: 26,5 €
Sukkwan Island
Sukkwan Island, une île sauvage au sud de l’Alaska. C’est là que Jim dentiste citadin a décidé d’emmener Roy son fils de 13 ans pour vivre dans une cabane en totale autarcie pendant un an. Il veut tirer un trait sur ses échecs et espère renouer les liens distendus avec ce fils qu’il connait mal. Mais Roy très vite se rend compte que son père n’est pas à la hauteur et n’a pas assez préparé leur expédition, il ne pourra bientôt plus assumer ce père totalement incapable de gérer leur quotidien.
Dans cette nature sauvage le plus grand ennemi de l’homme ce n’est ni le climat ni les bêtes sauvages…
Un récit à couper le souffle, dérangeant qui ne ménage à aucun moment le lecteur.
Auteur: David Vann
Editeur: Gallmeister
Prix éditeur: 21,7 €
Les âmes soeurs
Ce matin-là, Emmanuelle a décidé de tout envoyer promener : enfants, mari, travail… et de prendre sa journée. Pour elle, pour vivre quelques heures de liberté absolue. Et pour lire le roman qu’elle vient de commencer et que nous découvrons avec elle : la confession d’une photographe, une passion fulgurante, des images de guerre.
Elle marche dans Paris, obsédée par cette femme qu’elle ne connaît pas mais qui touche en elle ce qu’elle a de plus intime, des peines assourdies et des amours non vécues. Son errance se double alors d’un voyage intérieur à travers les fragments d’un passé soudainement libéré.
Ce matin-là, Emmanuelle décide de ne pas se rendre à son travail et de s’accorder une journée. Pour lire le roman qu’elle vient de commencer, mais aussi pour mettre son quotidien à distance. Emmanuelle n’a aucune idée des bouleversements que cette soudaine disponibilité va entraîner en libérant sa mémoire et son passé. Son errance dans Paris devient un parcours intérieur, relayé par les échos que provoquent en elle les ‘confidences’ de Lila Kovner, l’héroïne de ce roman qui la passionne tant et que nous découvrons avec elle. Car il touche en elle ce qu’elle a de plus intimes, des peines assourdies et des amours non vécus.
Auteur: Valérie Zenatti
Editeur: Editions de l’Olivier
Prix éditeur: 16,5 €
Quai des enfers
Paris, l’hiver. Noël s’approche avec l’évidence d’un spectre. Au coeur de la nuit une barque glisse sur la Seine, découverte par la brigade fluviale à l’escale du Quai des Orfèvres. A l’intérieur, un cadavre de femme, sans identité. Sur elle, la carte de visite d’un parfumeur réputé. Une première dans l’histoire de la brigade criminelle, qui prend en main l’enquête. Quel est ce tueur qui nargue la police au pied de ses bureaux ?
Le tueur sème la psychose : celle des naufrages sanglants. Désormais, son ombre ne quittera plus le fleuve. S’amorce alors une longue descente funèbre qui délivre des secrets à tiroirs. Jusqu’à la nuit, la nuit totale, celle où se cache le meurtrier.
Pour le trouver, nul ne devra redouter les plongées. A chacun d’affronter ses noyades
Auteur: Ingrid Astier
Editeur: Gallimard, Série noire
Prix éditeur: 17,5 €
Février
Février 1982, au large de Terre-Neuve, une plate-forme pétrolière fait naufrage.
Novembre 2008 Hélène replonge dans ses souvenirs. Elle interroge cette nuit de février, retourne dans tous les sens les éléments du rapport pour comprendre, et se demande pour qui fut l’ultime regard, l’ultime pensée de son mari mourant.
Sa passion pour Cal, les détails insignifiants de la vie quotidienne qui d’un seul coup deviennent tout un univers : une promenade sur une plage, la course folle pour retrouver un chien. Elle fait défiler la vie d’après, la vie sans lui. Les enfants qui grandissent, les nuits solitaires et la conscience que la solitude plus qu’une drogue à laquelle on se soumet avec délice est un art délicat.
Lisa Moore a su ne pas choisir la facilité et la linéarité du récit. Tissant une histoire de famille complexe, elle garde vive chaque couleur, chaque motif. On est bercé par le rythme, le lecteur glisse dans le récit. Un roman magnifique, d’une infinie délicatesse et un émouvant portrait de femme.
Auteur: Lisa Moore
Editeur: Plon
Prix éditeur: 22 €
Le bateau
Coup d’essai, coup de maître : les sept nouvelles réunies dans Le Bateau sont tout simplement remarquables. Parce qu’elles épousent toute la palette des émotions, et parce qu’elles ne sombrent jamais dans la répétition même si Nam Le évoque dans deux de ses récits la tragédie de son peuple et de sa famille à l’époque de l’exode vietnamien, il est aussi capable de changer de registre avec une agilité de funambule pour donner la parole à un jeune tueur à gages colombien, une gamine d’Hiroshima ou à un vieux peintre new-yorkais.
D’une nouvelle à l’autre, Nam Le dessine au fusain des destins précaires, fragiles, prêts à se fracasser à la croisée de chemins où rôdent la violence, la peur, la solitude, la mort. Une révélation dont il est question dans ce livre fut celui du dernier espoir : Nam Le enfant, embarqua avec ses parents sur un bateau de fortune pour fuir le Vietnam, comme des milliers d’autres boat people. Réfugié à Melbourne, Nam Le y est devenu avocat, avant de mettre le cap sur l’Amérique, pour se consacrer à l’écriture.


