Michael Kwass, Louis Mandrin : La mondialisation de la contrebande au siècle des lumières

Mandrin hante encore notre imaginaire collectif : brigand, rebelle, sa figure fut et demeure une source d’inspiration. L’historien américain, Michael Kwass, l’étudie comme cas particulier, voire emblématique d’un phénomène qui prit une ampleur remarquable au dix-huitième siècle : la contrebande. En effet, alors que le dix-septième siècle a vu se développer le commerce entre l’Europe et les autres continents, le siècle des Lumières est celui où cette mondialisation induit une autre forme de consommation avec des produits venus d’ailleurs. L’état, avide de ressources pour financer ses campagnes militaires, profite de ces nouveaux besoins non nécessaires pour lever une nouvelle gamme d’impôts. Ainsi, pour le tabac, il délègue son pouvoir aux fermiers généraux ; quant au tissu venu d’Inde, le calicot, il l’interdit tout simplement pour préserver son industrie textile. Ces deux produits, l’un addictif et l’autre devenu à la mode, vont être au centre d’une économie parallèle et souterraine, qui, au fil du siècle, va se transformer en une véritable guerre entre le pouvoir monarchique et les contrebandiers. Louis Mandrin, par un coup de malchance personnel, va se trouver au coeur de ce conflit. L’auteur utilise son histoire, non seulement pour raconter celle beaucoup plus vaste de ce marché noir, mais aussi pour montrer que le mode d’action choisi par Mandrin a une valeur politique, en étant une dénonciation du système de la Ferme, et du coup préfigure les revendications futures de la Révolution Française.

Ce livre, écrit avec clarté et élégance, est donc tout à fait passionnant. A partir d’un destin singulier, Michael Kwass décrit ce moment de l’histoire où trois éléments : la mondialisation, la consommation et le renforcement de l’état monarchique, ont restructuré toute la société française, y compris dans son système judiciaire à l’aube de la Révolution Française.

Louis Mandrin

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